Jacques Noé
Il faut laisser du temps vide et permettre à la peinture de se faire elle-même.
Né en 1945, Jacques Noé est devenu laïc dominicain à l'âge de 17 ans. Il étudie à l'École Supérieure des Arts Saint-Luc à Liège. Il obtient le diplôme de graphiste en 1966. Il travaille en agence de publicité et en imprimerie jusqu'en 1974. Enseigne l'éducation artistique jusqu'en 2005. C'est en 1986, qu'il découvre l'écriture des Icônes Bysantine.
Voici l'interview publié dans Amitiés dominicaines en décembre 2024.
On ne dit pas peindre une icône, mais l'écrire car c'est en parallèle avec les Écritures saintes, avec des scènes du nouveau ou de l'ancien Testament. La tradition des icônes se base sur une technique reprise aux anciens égyptiens qui l'utilisaient pour leurs peintures funéraires dans la vallée de Fayoum, avant l'ère chrétienne; on en voit encore la trace dans les icônes conservées au monastère du Sinaï.
C'est une peinture ayant comme base des œufs, du vinaigre de vin et d'autres sous-produits animaux, les pigments étant des produits naturels, des végétaux ou minéraux broyés. Il y a aussi des règles précises concernant les différents supports qui précèdent leur application. Enfin, contrairement à la peinture classique qui met de l'ombre sur des parties lumineuses, ici, on part du foncé pour les premières couches et on termine par du blanc pur (autour des yeux); autrement dit, on part des ténèbres vers la lumière. Et entre chaque étape, il faut laisser du temps pour que la peinture sèche, il faut laisser du temps vide et permettre à la peinture de se faire elle-même.
Une seconde spécificité est qu'il s'agit toujours de scènes religieuses, parfois peintes en même temps qu'une démarche de jeûne. En ce qui me concerne, je ne fais jamais de copie d'anciennes icônes mais j'en crée de nouvelles tout en respectant le canon de l'école byzantine. Le canon impose des règles permettant à n'importe qui de s'y initier, avec un dessin relativement stéréotypé. Il précise les personnages pouvant être représentés aussi bien que la couleur des vêtements de Marie ou Jésus; il impose que les cheveux soient cachés, que la personne soit vue de face et me regarde ou bien que sa tête soit incli-née, dans un geste évoquant l'intériorité; on y trouve toujours du minéral et du végétal entourant des personnages humains spiritualisés, etc.
J'ai été sensibilisé à ce type de peinture suite à un contact avec une iconographe grecque et à un court séjour au mont Athos. Pour moi, cette démarche s'inscrit dans une ouverture vers l'orthodoxie, le deuxième poumon de l'Église chrétienne, l'église latine étant davantage tournée vers la sculp-ture, comme le montre l'art roman. Dans la confession orthodoxe, il est aussi important de vénérer l'icône que d'écouter la Parole ou de lire les Écritures. Chez nous, la tradition de l'icône a d'ailleurs été redécouverte dans la liturgie depuis le rapprochement de l'Église romaine avec l'Église
d'Orient.
L'icône incarne un côté plus intérieur, contemplatif, tourné vers le sacré et l'absolu, comme chez les mystiques, qu'ils soient d'Orient ou d'Occident (songeons aux dominicains Maître Eckhart et Henri Suso). « Ce n'est pas l'icône qui est belle mais la vérité qu'elle révèle. L'icône exige pour être reconnue une certaine réceptivité spirituelle », nous dit le moine Guérassimo du Mont Athos. Elle est « le reflet du monde sacré ». Une icône n'est d'ailleurs jamais signée.
Comme je l'ai écrit à propos d'un travail de peinture illustrant les neuf manières de prier de saint-Dominique!, « l'artiste est toujours quelque part l'enfant du silence, de l'espace à découvrir... Il est à la recherche de la liberté, de la vie et de la voie vers l'Absolu... La recherche devient sacrée lorsque la vision spirituelle s'incarne dans le graphisme et projette aussi le reflet inté-rieur... La prière du corps, du cœur, la méditation sont un tremplin vers le sacré, ce que chaque priant ou chaque artiste continue sans trêve de cher-cher. Si je peins l'Invisible, c'est pour « le faire voir. » Thomas d'Aquin écrivait déjà que : « l'art prépare la race humaine à la contemplation ».
La nativité représente le mystère de l'incarnation, un évènement par lequel tout prend un sens nouveau (cf. le prologue de l'évangile de Jean). Au centre de l'icône est placé le Christ, un nourrisson emmailloté dans ce qui ressemble à un linceul, pour annoncer sa mort et mise au tombeau, gage de notre rédemption; il n'est donc pas couché dans de la paille ni mis dans les bras de Marie. Quant à Joseph, il est placé à l'écart, en position d'interrogation et d'incompréhension du mystère. Dans le fond apparaît une grotte ; elles figurent les ténèbres d'où vient une lumière. Mais il ne faut pas en dire trop : l'icône te regarde et toi, tu regardes l'icône...
Propos recueillis par Jean-Pierre BINAMÉ, OP
© Copyright Iconoé 2025 - Iconoé est la propriété de Jacques Noé
Ce site utilise des cookies afin d'améliorer votre navigation.
Conception et réalisation - Alain Remy
• Ce site utilise des cookies pour améliorer l'expérience utilisateur. Iconoé, s'engage à ne pas divulguer vos coordonnés à des tiers, à ne pas vous contacter en dehors de la mission en cours sans votre consentement et à mettre tout en œuvre pour en garantir la conformité.